La hiérarchie de la charité

Les paroles entendues il y a quelques jours de la bouche d’un jeune prêtre de Ceuta m’ont paru aussi surprenantes que tristes.

Jesús Francisco Molina a déclaré : « L’Église n’est pas une ONG. » « La fonction principale [de l’Église] n’est pas de venir en aide aux personnes dans le besoin ; c’est certes l’une de ses fonctions principales, mais l’Église est là pour répondre aux besoins surnaturels de son peuple, qu’elle a pour mission d’administrer : les sacrements, la prédication, la subsistance du peuple de Dieu. » Et encore : « Il faut d’abord aider son prochain, celui qui est le plus proche, le Ceutien avant celui qui ne l’est pas. » « C’est la charité qui exige cette hiérarchie. »

Je ne peux imaginer Jésus de Nazareth prononcer aujourd’hui de telles paroles à Ceuta, à Gaza, à Madrid ou en France. Car sa consigne fut : « Les derniers seront les premiers » (Mt 20, 16). Et parce qu’il disait en son temps : « Il ne suffit pas de dire “Seigneur, Seigneur” pour entrer dans le royaume de Dieu ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7, 21). Et en quoi consiste la « volonté du Père qui est aux cieux » (la tâche principale de l’Église, par conséquent) ? Elle consiste à « donner à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif, accueillir chez soi l’étranger, vêtir celui qui est nu, secourir le malade et le prisonnier » (Mt 25, 31-46).

Je crois donc qu’aujourd’hui, à Ceuta, à Gaza, à Madrid, en France ou aux États-Unis d’Amérique, Jésus s’écrierait :

« N’avez-vous donc pas des yeux pour voir que la pauvreté de tous les pauvres est la même, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs ?

Et que toutes les cartes de l’Afrique ont été tracées par l’Europe, et que les pays dits “occidentaux” sont ceux qui, plus que quiconque, ont appauvri, exploité et vidé ce qu’on appelle le “tiers-monde”, au point d’y rendre la vie impossible ?

Et que nous sommes tous faits de la même chair et du même sang, que nous sommes sœurs et frères d’une même famille, citoyens de la même cité universelle, êtres humains de la même humanité ?

Et que la priorité revient à ceux qui n’ont ni pain, ni maison, ni peuple, aux mineurs sans famille et aux mineures ou majeures victimes de viol, qu’elles soient européennes, asiatiques, américaines ou africaines ?

Que, en résumé, la priorité revient à la souffrance et à la compassion, indépendamment de toutes les frontières, s’il est vrai que vous avez un cœur dans votre poitrine ? »

José Arregi, Aizarna, 7 septembre 2006
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